Augmentations : ce que vivent ceux qui n'ont rien obtenu

Toute campagne d'augmentations produit une majorité de non-augmentés. Ce qui se joue la semaine suivante pèse plus que le montant distribué.

Illustration : un entretien calme entre une manager et une collaboratrice, tandis que des collegues discutent en arriere-plan
Auteur

Morgan Taurines

Mis à jour le

October 11, 2026

Partager l'article
Engagement des collaborateurs

L'essentiel

  • Une campagne d'augmentations, par construction, laisse une majorité de collaborateurs sans augmentation ou avec un montant symbolique. C'est une donnée de départ, pas un accident.
  • L'effet de la campagne sur l'engagement se joue donc autant dans la conversation avec les non-augmentés que dans le montant versé aux autres.
  • Trois messages échouent systématiquement : le silence, la promesse vague pour l'an prochain, et le renvoi aux contraintes de l'entreprise sans rien que la personne puisse actionner.
  • Le cadre va évoluer : la directive européenne 2023/970 prévoit une information sur les critères de progression salariale. Le projet de loi de transposition n° 944 est déposé au Sénat depuis le 10 septembre 2026 et n'est pas encore voté, de sorte qu'aucune de ces obligations n'est à ce jour opposable à un employeur en France.

Une campagne produit toujours une majorité de non-augmentés

L'arithmétique est rarement énoncée, et elle devrait l'être dès la préparation. Une enveloppe ciblée sur les situations prioritaires concerne mécaniquement une minorité de l'effectif. Les autres recevront peu, ou rien.

Ce n'est pas un défaut de la méthode : c'est ce que signifie cibler. Le problème n'apparaît que lorsque l'entreprise prépare soigneusement la décision d'attribution et pas du tout la conversation avec ceux qui ne sont pas concernés.

Or c'est cette conversation qui détermine l'effet observé. Un collaborateur augmenté constate son augmentation. Un collaborateur non augmenté interprète, et il interprète à partir de ce qu'on lui dit ou de ce qu'on ne lui dit pas.

Que faut-il dire à quelqu'un qui n'a rien obtenu ?

Trois éléments, et ils sont exigeants parce qu'ils supposent des décisions prises en amont.

Le critère réellement appliqué. Pas la contrainte budgétaire, qui explique le volume mais pas la répartition. Ce qui a été regardé pour décider : la position dans la bande salariale, l'évolution du périmètre, le positionnement par rapport au marché.

Où la personne se situe par rapport à ce critère. C'est le point le plus difficile, et le plus utile. Dire à quelqu'un qu'il est correctement positionné dans sa bande est une information, pas une fin de non-recevoir.

Ce qui est actionnable, et ce qui ne l'est pas. Certaines situations se débloquent par un changement de périmètre, d'autres par une mobilité, d'autres encore ne se débloqueront pas à court terme. Le dire est plus respectueux que de laisser espérer.

Les trois messages qui échouent

Le silence. Ne rien dire revient à laisser le collaborateur apprendre par comparaison, c'est-à-dire par la version la moins fiable et la plus défavorable. L'absence de message n'est pas une absence de communication.

La promesse vague. Annoncer que l'on y reviendra l'année prochaine, sans condition précise, déplace le problème de douze mois et le ramène aggravé, parce qu'il s'y ajoute alors le souvenir d'un engagement non tenu.

Le renvoi aux contraintes. Expliquer que l'enveloppe était limitée est exact et insuffisant. Cela répond à la question du volume, pas à celle que pose le collaborateur, qui est de savoir pourquoi lui.

Ce qui se décide avant la campagne, pas pendant

La qualité de ces conversations ne dépend pas du talent des managers. Elle dépend de ce que l'entreprise leur a donné à dire.

Trois décisions se prennent en amont. D'abord les critères d'attribution, formulés de façon à pouvoir être énoncés à voix haute. Un critère que l'on ne peut pas dire est un critère qu'il faudra défendre sans l'expliquer.

Ensuite, la règle de communication : qui parle, quand, et à qui. Les non-augmentés sont souvent informés en dernier, voire pas du tout, ce qui ajoute un signal de hiérarchie à une déception.

Enfin, l'équipement des managers de proximité : une note de cadrage, quelques formulations, et surtout la réponse aux deux ou trois questions qui reviendront à coup sûr.

Ce que l'on peut montrer quand il n'y a pas d'augmentation

Il reste quelque chose de factuel à présenter, et ce n'est pas un lot de consolation : l'ensemble de ce que le collaborateur reçoit déjà et qui ne figure pas sur la ligne de salaire.

Protection sociale, épargne salariale, abondement, avantages : ces éléments évoluent, parfois à la hausse, indépendamment de la campagne. Les rendre visibles au moment où la question se pose est le seul usage honnête de cette information, à condition de ne pas s'en servir pour éviter la conversation sur le salaire.

C'est le travail que mène Tauro auprès des directions des ressources humaines et des dirigeants : rendre la rémunération globale lisible dans le Bilan Social Individuel (BSI) et la tenir à jour, pour que ce document existe avant la campagne et non comme une réponse improvisée après elle.

Questions fréquentes

Faut-il informer individuellement les collaborateurs non augmentés ?

Oui, et de préférence dans la même séquence que les autres plutôt qu'après. Une information donnée tardivement ou collectivement est interprétée comme un évitement, ce qui ajoute un problème de forme à une décision déjà difficile à recevoir.

Doit-on communiquer les critères d'attribution à tous ?

Aucune obligation générale ne l'impose aujourd'hui à un employeur en France, le projet de loi de transposition de la directive européenne 2023/970 n'étant pas encore voté. Communiquer les critères reste néanmoins la condition pratique pour que les managers puissent expliquer une décision sans la réinventer.

Que répondre à un collaborateur qui compare avec un collègue ?

On peut expliquer le critère appliqué sans commenter la situation individuelle d'un autre collaborateur, qui ne vous appartient pas. La comparaison perd l'essentiel de sa force dès lors que la règle est connue et qu'elle a été appliquée de la même façon à tous.

Source des chiffres : cet article ne cite aucune donnée statistique. Les éléments de calendrier mentionnés concernent le projet de loi n° 944 portant transposition de la directive (UE) 2023/970, déposé au Sénat le 10 septembre 2026 avec engagement de la procédure accélérée et renvoi à la commission des affaires sociales, la date limite européenne de transposition du 7 juin 2026 n'ayant pas été respectée. Le dossier législatif du Sénat n'étant pas accessible depuis l'environnement de rédaction, ces éléments ont été recoupés entre plusieurs sources juridiques et professionnelles concordantes et doivent être vérifiés à la date de lecture, le texte étant en cours de navette.

Prêt à transformer la communication RH dans votre entreprise ?

Avec Rem360, simplifiez la gestion de vos ressources humaines et valorisez votre engagement auprès de vos collaborateurs.

Contactez-nous dès aujourd'hui pour une démonstration de l'app!

Prêt à transformer la communication RH dans votre entreprise ?

Avec Rem360, simplifiez la gestion de vos ressources humaines et valorisez votre engagement auprès de vos collaborateurs.

Contactez-nous dès aujourd'hui pour une démonstration de l'app!